Les bottes usées

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Les bottes usées

Message par Lieska le Ven 7 Nov 2014 - 23:05

Elle entre dans la salle. Le cliquetis de ses armes à chacun de ses pas brise le silence du lieu. Elle a une moue désolée sur le visage. Ce n'est définitivement pas un endroit pour les wardas ici ! Sentant sa gène, un petit hérisson gris à l'air farouche vient se loger sur son épaule. De ses petites billes noires, il inspecte le lieu. Très professionnel, en deux coups d’œil, il a repéré chaque détail qu'il a ensuite mémorisé. Nector au Rapport !   Un petit nez bleu frémit. Tu te moques de moi Jean-Hub' ? . Silence. L'autre n'est pas très bavard.
Elle s'assoie sur un canapé qui lui semble bien trop luxueux pour son postérieur ingrat. Complètement dépaysée, elle se laisse captivée par le feu de cheminée. Juste quelques instants, le temps de trouver ses repères dans ce lieu rempli de livres, de  vers, de mots. Elle saisit une plume et une feuille misent à disposition. Comment pourrai-je nommer ce sujet ? Voyons..."Les fautes d'Orthographe "? Mmh ..."Essais littéraires d'une warda ordinaire" ?  ... Elle regarde ses pieds. Ses bottes usées sont couvertes de plusieurs couches de boue plus ou moins sèches. Elle a surement salit tous les tapis !
"Les bottes usées"  c'est bien ça !


Et ça commence par un avertissement :

Je suis Lieska, mon nom vient d'une tragique erreur de frappe. Mais les erreurs sont souvent vertueuses. Les trèfles à quatre feuilles, les tigres blancs, les yeux vairons...Si tout commence par un nom, alors, j'aime bien l'erreur d'où débute mon histoire. J'écris tout ça parce qu'il faut bien commencé par raconter une histoire, et l'histoire que je connais le mieux, c'est la mienne. Je ne sais pas écrire. Enfin, je sais écrire mais je ne sais pas Ecrire, c'est mieux. Je tente, j'essaie, je teste...Je rature, j'efface, parfois je recommence...Ecrire n'est pas pour moi un besoin vital et je n'y passe pas beaucoup de temps. C'est juste que parfois, j'ai une phrase dans la tête, un vers, une idée et je tente de l'exploiter du mieux que possible. Parfois, des personnages viennent vivre dans ma tête et ne me quittent pas pendant des mois. J'ai vécu six mois avec un écrivain misanthrope nommé John Curtis, et je peux vous dire qu'il n'est pas facile à vivre. J'ai écrit son histoire, je l'ai un peu torturé, et de ce supplice est né une nouvelle (si on peut appeler ça une nouvelle). Je ne la poste pas pour le moment, j'ai vraiment besoin de prendre du recul par rapport à cette histoire, alors on verra plus tard. Mais je vais vous faire subir mes tentatives d'écriture de "vrac" c'est encore pire, alors attention à vos pauvres petits yeux !
Après tout...De ces erreurs naîtra peut être un jour quelque chose de crédible.




Derrière soi


Derrière soi:


Il ne sait pas encore qu'il est suivi. Quand il s'en apercevra, il ne sera pas encore très sur. Il sentira des picotements derrière la nuque et il éprouvera un sentiment. Le sentiment d’être suivi. Pour le moment il marche la tête haute, en sifflotant Les yeux noirs . Il tient fermement son attaché case dans une main et une cigarette dans l'autre. Il tire une bouffée de temps en temps, sans s’arrêter de marcher. Des cendres viennent se déposer silencieusement sur son par dessus vert émeraude. Soudain il entend un bruit métallique. Un bruit de chute. Il se retourne: Rien.
Il sent un picotement derrière la nuque et il éprouve un sentiment étrange. Le sentiment d’être suivi. Il sait qu'il est suivi. Il est tard. Personne n'est dehors à cette heure. Personne de bienveillant en tout cas. Personne à part lui-même et ce bruit de métal qui tombe.
Il accélère le pas. Il a jeté sa cigarette dans le caniveau et il ne siffle plus. Sa main se referme un peu plus sur son attaché case. Il a un rictus nerveux. C'est ridicule! Ce n'était qu'un bruit. Un chat sans doute.
Pourtant il a senti ce picotement derrière la nuque...Ce sentiment...Ce sentiment d’être suivi.
Il ne sait pas que, finalement, il n'était pas suivi.
Pourtant il ne décélère pas. Au contraire il court presque maintenant. Il a peur. Son souffle marque le tempo de sa fuite solitaire.
Il tourne dans une rue, il est devant son immeuble. La porte est cassée, il n'a pas besoin de saisir le code. Il se retourne une dernière fois avant d'entrer. Fatalement. Il dégluti bruyamment car c'est son réflexe face à la surprise et à l'horreur. Devant lui se tient un homme en par dessus émeraude, un attaché case dans une main, une cigarette dans l'autre. Celui-ci s’apprêtait à rentrer dans son immeuble, mais la porte est cassée et il n'a pas besoin de saisir le code. Les doubles se regardent sans rien dire. Ils ne savent pas qu'ils sont suivis.


Le regard vide des chèvres mortes


Le regard vide des chèvres mortes:

En s’enfonçant dans la viande crue, le couteau ne ressent rien. Ni culpabilité ni plaisir. Rien. Le couteau coupe, scie, hache, mais le couteau ne pense pas.
C'est ce qu'on avait expliqué à Tony, le nouveau garçon boucher. On lui avait aussi interdit de faire tomber le couteau, car en tombant sur le carrelage le couteau émet un bruit métallique assourdissant qui donne des picotements derrière la nuque. Il avait demandé pourquoi on n'installait pas de la moquette et on s'était moqué de lui, en le sermonnant sur l'importance de l'hygiène dans une boucherie. On lui avait montré comment laver le couteau car il fallait le laver souvent et correctement. Ici on ne cuisine pas casher mais on lave le couteau souvent, c'est important.
Il fallait maintenant qu'il s'occupe des clients. Il fallait leur servir de la viande bien coupée avec le couteau propre qui ne ressent rien. Le premier qui rentre est gras, il ferait un beau jambon avec de la couenne autour. Mais c'est un client. On lui avait dit qu'ici, on ne découpe pas les clients. Alors le client cochon demande de la viande. Dans une boucherie on achète de la viande. Pas besoin de tuer, juste la cuire et la manger. C'est bien fait et ce n'est pas très coûteux. Et c'est bon.
Une cliente rentre. Elle est jolie. Le garçon la regarde mais elle n'a pas de jolis yeux. Elle a le regard vide d'une chèvre morte et elle veut de la viande. Elle part. Tant pis, les chèvres ne se mange pas. Trop sèches, trop carnées.
Deux autres clients entrent de concert. Ils ont l'air jumeaux. Ils portent tous les deux un par dessus vert émeraude et ils ont une expression bizarre sur le visage, comme de la peur. Ce sont des agneaux apeurés. Ils ne veulent pas de viande, ils veulent un couteau. Le garçon ne sait pas quoi faire. On ne lui a pas dit quoi faire si un client demande un couteau. Il leur répond qu'ici c'est une boucherie sans couteau. Ici le couteau, c'est nous.

NdA: Ceci est une critique de la condition humaine, mais je ne sais pas si c'est très clair...Roh enfin bon, analysez un peu, viles consommateurs de productions écrites !

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Korkoro

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Et nous sur scène, brillants, jeunes et forts... Et nous, les ivrognes et les métèques, nous jouons la musique à la tzigane...Les plus belles mélodies, drôles et tristes à la fois...Eh oui, mes cousins, plus rien...Où est parti, sur quelle route erre mon peuple? Qui a effacé mon pays? Où ont disparu toutes mes berceuses et mon rêve? Rien, plus rien..."

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Re: Les bottes usées

Message par Melwenn le Dim 23 Nov 2014 - 14:48

Je pensais que j'avais répondu! Bon, il est jamais trop tard pour bien faire.

Déjà c'est con mais j'avais commencé par lire le deuxième texte, je pensais pas qu'il y avait un ordre et j'avais envie de savoir ce qui se cachait derrière le titre... x)

J'aime beaucoup tes deux textes, le premier est sympa même si un peu ordinaire, mais le deuxième est vraiment super bien écrit! J'aime beaucoup les associations que tu fais. Et les petits détails comme le couteau qui doit pas tomber. Ça me fait un peu penser à Timothée de Fombelle en fait, sauf que lui il écrit sur l'amour et la vie et toi sur la mort. J'adore, j'adhère et j'en veux plus! Very Happy

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la vie s'accroche et renait,
comme les printemps reviennent,
dans une bouffée d'air frais
qui apaise les cœurs en peine"
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Re: Les bottes usées

Message par Sinead le Mer 10 Déc 2014 - 8:49

Ils sont vachement beaux !

(Je ne dis rien sur le fait qu'une Warda poste chez les Nomades... Ca me semble révélateur, mais enfin... Wink )

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Tu n'es pas totalement fichu, tant qu'il te reste une bonne histoire, et quelqu'un à qui la raconter.
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Re: Les bottes usées

Message par Lieska le Jeu 1 Jan 2015 - 23:14

Merci les filles Smile

2015...Je sais pas si je vais écrire beaucoup en 2015. J'espère pour vous que vous gagnerez tout plein de prix et tout plein d'amour des auteurs qui vous liront peut-être, j'ai pas encore lu tous les textes où il faut voter mais dès que je peux je vote promis !!
J'aime pas les concours, enfin d'un point de vue de participation personnelle, j'en fais pas. Mais j'aime bien les avis. Genre si c'est pas bien il faut le dire.
Voilà Prospérer en hiver, qui, je suis désolée pour ça, est pleine de fautes pas belles.
Voilà, ya pas d'obligation...

prospérer en hiver:

  J'ouvre la fenêtre, j'allume une clope. C'est comme ça tous les matins. Je regarde de haut la rue qui grouille déjà. Il doit être onze heures, dimanche. Débriefing en solo: Qu'est ce que j'ai fais hier soir? Je jette un rapide coup d’œil vers mon pieu défait, pas de nana. Ok, ça me revient, j'étais au Barbelé avec Bass, qui a passé la soirée à me dire que ce bar craignait, que les habitués étaient des Skin-heads et que ça sentait la pisse jusque dans le string de la serveuse.  J'étais totalement d'accord, mais on est resté. On reste à chaque fois.
Klaxon. Je reviens à ma contemplation de la ville, enfin juste de la rue parce que l'immeuble d'en face m’empêche de voir plus loin. Des vieux. Des dizaines de vieux avec des caddies à roulettes. Quelques voitures, des vieux modèles. Un chien aussi, toujours le même, un vieux corniaud dégueulasse , à l'image de cette ville pourrie. Et ça grouille de partout. Je suis ça comme un feuilleton, les gens qui passent, des vieux surtout mais aussi des nanas, des hommes d'affaire sapés comme il faut, des grosses avec trois ou quatre gamins, un mec louche qui parle tout seul, des groupes de lycéens et mes préférés: Les couples. Tous les ages. Toujours main dans la main, toujours ces petits regards complices, ces sourires, toujours arrêtés devant la bijouterie, à rire. Heureux. Je crache un mollard gros comme le monde sur cet amas de conneries qu'est la vraie vie. Rien à foutre.
Je décide de me reluquer un coup dans un miroir, voir à quoi ressemble un mec comme moi. Je ne vois qu'un type qui ne dort pas beaucoup, chauve, pas rasé, blanc cassé voir un peu jaune. Inspection des chicots, il m'en manque. Bagarre. Les yeux rougis, noisettes à l'origine. Je souris. Crédibilité zéro. On dirait le remake d'un vieux film d'horreur. Faire la gueule, ça au moins c'est pas compliqué.
Frigo. Pas de bouffe. Bière. J'inscris ça dans un coin de mon cerveau comateux: penser à faire des courses, histoire de grailler de temps à autre.
Histoire que le concierge ne retrouve pas un cadavre dans ma piaule un de ces quatre.
Ça la foutrait mal.
J'entends un vibreur. Bass m'appelle. Encore.
T'es où enculé?
Bonjour à toi aussi.
Fais pas le con mec, on avait dit onze heures
Aucune idée d'où et pourquoi on avait dit qu'on se retrouverait à onze heure dimanche. Je ne réponds pas.
Allo? Allo Stan? Merde tu fais chier, t'as pas oublié quand même? Bon magne toi, devant le ciné.
La série de bip qui suit me laisse perplexe. Bass, c'est pas le genre de type qui te raccroche au nez. C'est pas non plus le genre ponctuel. Bass c'est un type simple. Sympa. Sur qui on peut moyennement compter mais qui fait quand même des efforts. Il cherche jamais les emmerdes et si ya une chose pour laquelle on peut lui en vouloir, c'est son parfait petit minet d'acteur ricain. Un vrai Brad Pitt. Mais un Brad Pitt énervé pour l'heure. Je ne cherche pas à comprendre ce que j'ai loupé, ou dans quelle merde on s'est fourré hier. J'enfile un fut', une veste et je me magne.

J'arrive à 11h14 devant mon vieux pote en veston délavé qui me fixe avec un lance roquette dans chaque œil. Il m'indique sa bagnole d'un coup de tête, sans rien dire. Il démarre avant que je ne ferme la portière. Bass manie le volant comme un taré sous un concerto de klaxons et un chœur d'insultes variées. Une chose est sure, il sait où il va. Il a coupé l'autoradio. Vive l'ambiance. J'ai la merveilleuse impression que cette virée en bagnole est le sas d'une longue journée d'emmerdes. Comme un écho à  mes sombres pensées, Bass lance un On est bien dans la merde avant de piquer une accélération le long du boulevard. J'ai mal au cœur, mais surtout, j'aimerais comprendre. J'ouvre la bouche pour parler, mais aucun son ne sort. Plus de voix. Comme dans un cauchemar. C'est ça, je suis dans un putain de cauchemar, et je vais me réveiller dans les bras d'une jolie blonde qui se foutra de ma gueule à mon réveil.

Klaxon.Frein.Camion. Peut être pas dans cet ordre. Mais bordel, ça fait mal. C'est pas un rêve, c'est pire. Je suis encore conscient je crois. Bass en revanche a la tête dans l'air bag. C'est le genre de moment où l'on ne sait plus à quoi penser. Je réorganise ma cervelle qui à priori s'est pris un sacré coup. Des lumières, des bruits, c'est un peu flou. Ça me rappelle le jour où mes vieux m'avaient pommé dans une fête foraine. Le môme que j'étais chialait comme un dingue au milieu des lumières et des bruits. Ce jour là, avant le drame, j'avais gagné un dinosaure en peluche qui gueulait quand on appuyait dessus. Il était bleu, il faudrait que je pense à acheter de la lessive. Des bras, puis le reste d'un corps. Le type est bien sapé, costume bleu marine avec écrit SAPEUR POMPIER. Classe, je lui demande si il fume, il ne répond pas. Ce jour là j'avais retrouvé mes vieux et avait eu le droit à une branlée mémorable qui m'avait fait lâché le dino bleu dans la boue. Perdu pour toujours.

Elles sont trois. Elles s'occupent de moi comme d'un chaton blessé. Ya un type aussi, moustachu. Je l'ai déjà vu je crois. Bass n'est pas là. Je serais tenté de demander l'addition, mais les serveuses ont l'air occupé, en plus je crois que je ne sais plus comment parler. J'aimerais quand même savoir où est Bass, il m'avait promit qu'on réviserait ensemble pour notre interro de maths. N'importe quoi, c'était la semaine dernière. Je crois que ma tête a prit un sacré coup. La musique qui passe à la radio me berce, les trois nanas reprennent en cœur un refrain plutôt accrocheur:

Rythme cardiaque trop lent
Il va perdre conscience
On le perd, le défib'
Vite le défib'



Il y avait cette fille, une petite brune à lunettes. Son prénom...Louise, Lise, Élise, Héloïse...Pas moyen de me rappeler exactement. Par contre je me souviens que tous les autres gamins la surnommaient «l'intello» et lui jetaient des trucs à la gueule. Des boulettes de papier ou des insultes, selon le menu du jour. Elle les ignoraient, elle était plongée dans ses bouquins. C'était sa bulle de protection. J'aimais bien la regarder tourner les pages, ça m'avait donné envie à moi aussi, de m'enfermer dans une bulle de lecture. Mais je n'avais pas de livre, ni d'argent pour en acheter.
Et puis un jour, ils l'ont tapé. Fort. Sans autre raison qu'une méchanceté infantile hors norme. Elle est tombée. Elle pleurait en silence, ses larmes fusionnaient avec les gouttes de pluies. Je l'ai aidé a se relever, elle pleurait toujours. En guise de remerciement, elle m'a passé son bouquin. J'ai jamais compris comment elle a su que c'était la chose que je désirais le plus à l'époque. A la maison j'ai pris cher. Les livres, c'est pour les gosses de riches. Poubelle. Je ne me souviens même plus du titre.


La douleur. C'est le seul moyen que mon corps ai trouvé pour me rappeler de rester en vie. J'ai ouvert les yeux d'un coup. Je suis passé du noir au blanc. Je respire à travers une trompe il me semble. Quand je referme les yeux, je vois des silhouettes oranges entamer une danse du ventre puis disparaître. Un rire que je connais bien. Bass?
C'est moi mec!
J'ai envie de le serrer dans mes bras, de lui demander si il est blessé et de le gifler aussi. Mais je ne peux ni bouger ni parler. Je distingue à peine mon frangin de cœur dans la brume laiteuse qui couvre ma rétine.  
Je reste pas squatter longtemps, je passais juste histoire de te dire salut  avant de tu sais bien... Je dois partir.

Partir? Mais de quoi parlait t-il?
C'est à partir de cet instant que je regretterais toute ma vie mon amnésie temporaire. Elle aurait dû rester avec moi, sa chaleur me manque déjà. Elle possédait une aura rassurante et sereine...
...L'accident. Tout devient froid en moi, elle est partie pour de bon. Je suis de nouveau lucide.
L'accident... Ah, ouai, merde...Désolé pour ça mec, j'étais...Enfin tu sais bien, on pouvait pas se permettre d’être en retard...
Cette partie de l'histoire ne me revenait toujours pas. Pourquoi Bass roulait comme un chauffard et pourquoi on devait «ne pas être en retard»? Je n'ai toujours pas la force de demander des explications à la silhouette qui se tient dans le fond blanc qui m'éblouit. J'ai l'impression que le halo lumineux est de plus en plus clair.
T'es un  gars bien tu sais, tu vas t'en remettre et tu vas enfin faire quelque chose de ta vie.
Bass...Il parle comme un mec qui va crever. Comme ces types  dans les films qui ont le temps de sortir leur testament alors que leurs boyaux se font la malle. Pathétique. Bass, tu peux mieux faire.
Tu sais, au final on a jamais vraiment essayé d'aller mieux toi et moi, pour ma part c'est baisé mais toi, toi t'es un gars bien je te dis.
Bass merde. J'ai compris, c'est bon, j'ai compris que tu vas claquer, je t'en veux pas, mais meurs pas en te préoccupant de moi.
J'espère de toutes mes forces qu'il m'entend penser. Après tout il ne doit pas réellement être là.
Arrête de traîner tout seul dans les bars glauques, cherche pas les emmerdes, trouve toi une fille sympa, tu le mérites. T'as eu plus de chance que moi pour une fois, alors les nanas je te les laisses. Arrête de haïr tout le monde. Arrête de TE haïr.
Tant de recommandations d'un coup, pour un mec qui en avait absolument rien à foutre de son vivant...Bass, tu veux me faire chialer ou quoi?  On sort les violons, hein Bass? Bass?
Le spectre a disparu. Plus la peine d'ouvrir les yeux.

Je revois la gamine, elle danse toute seule sous la pluie. Tout est sale, la rue empeste l'alcool et le moisi. Des mégots jonchent le sol crasseux. Mais elle danse. Un petit garçon la rejoint. Il est un peu pale, mais il sourit. Il tend à la fille un un dinosaure en peluche bleu, couvert de boue. La môme lui   donne en échange un livre. Le titre me revient: Prospérer en  Hiver  de Stanislas Wolfsky.





«-Vous vous rappelez de votre nom?
L'homme qui s'adresse à moi est tout bien sapé en blanc. Autant dire qu'il a l'inscription MEDECIN tatouée sur le front. Même son haleine sent la menthe blanche. Je suis tenté de lui demander quelles horreurs il peut bien cacher sous autant de couches immaculées.
-Votre nom, monsieur, est-ce que vous vous en souvenez?
Je crois pouvoir parler maintenant. Ça fait deux ou trois heures que je suis totalement conscient et que j'ai le droit aux sourires mielleux des infirmières.
-Stanislas Wolsky.
Il marque une pause. Ce nom semble lui rappeler quelque chose.
-Votre date de naissance?
-16 Juillet 1987.
-En quelle année sommes nous?
-2014
-Quel jour? Quel mois?
-Septembre.
Le jour, il est drôle lui, combien de temps j'ai pieuté?
-Nous sommes le 19 Septembre. Vous êtes resté dans le coma pendant quatre jour.
Quatre jour! Sacrée cuite mon gars.
-Vous vous souvenez de ce qui s'est passé?
Baby come back home, c'est le moment où cette merde d'amnésie aurait pu rester. Mais non, elle est partie en même temps que...
-Vous avez été victime d'un accident de la route. Le conducteur, Bastien Laurent est décédé peu de temps après son arrivée à l’hôpital. Je suis désolé.»
Ouai, revoilà la réalité. J'ai tout perdu. J'avais pas grand chose, mais là, sans Bass' c'est vraiment la dèche.  J'ai pas envie de m’apitoyer sur mon sort, pas envie d'entendre le médecin dire qu'il est désolé.
Je chiale. Vraiment. Je crois que j'avais jamais chialé depuis la fête foraine. C'est une sensation étrange, ce liquide chaud sur mes joues. Le médecin me regarde avec une compassion à vomir. En réalité, il cherche encore où il a pu entendre parler de Stanislas Wolfsky. Un nom aussi craignos, ça ne s'oublie pas comme ça.

Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il n'a absolument jamais entendu parlé de moi. Bientôt sans doute. Il lira le premier roman d'un jeune auteur à la dérive, et le nom lui dira quelque chose.
Prospérer en hiver, une histoire de rats des villes qui survivent  comme ils peuvent au milieu des humains qui les rejettent où qu'ils aillent. Un récit vite oublié, classé dans des bibliothèques, relu parfois. Un pan de vie médiocre et sans importance. Mais juste avant l'incipit, on pourra lire en caractère Times New Roman:

A  Bass et à son fantôme, sans qui ni ce livre, ni l'auteur ne serait en vie.
Sache que je t'emmerde mec. Pour tout.


Pour le lecteur, ce remerciement paraîtra assez vulgaire et il tournera la page violemment  pour consommer le reste du livre.
Pour l'auteur, cette phrase est la plus belle et la plus sincère du bouquin.

Je ferme la fenêtre.  Les rideaux aussi.  Je me cloître jusqu'à demain. C'est mon répit. Mon rituel depuis un moment. Dormir la nuit, rien que ça.  J'aurai envie de terminer sur une note plus gaie mais en réalité, avoir publié un bouquin et dormir plus de trois heures par nuit ne m'a pas rendu plus heureux. Il me reste encore des points à éclaircir, des abcès à crever. Après ça, peut-être bien que j'aurai le droit moi aussi de vivre parmi les hommes. J'aurai peut-être le courage d'affronter le pire pour à mon tour, comme ces rats, prospérer en hiver.

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Re: Les bottes usées

Message par Sinead le Ven 2 Jan 2015 - 11:25

J'ai bien aimé, il est très beau ! Et ça serait bien que tu écrives en 2015... On en veut plus !

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Tu n'es pas totalement fichu, tant qu'il te reste une bonne histoire, et quelqu'un à qui la raconter.
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Re: Les bottes usées

Message par Llewella le Mer 21 Jan 2015 - 12:44

Vraiment génial ! A quand le prochain ?!!

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Re: Les bottes usées

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